L'Atelier Noracy

Instants volés

Aie… un texte court écrit en « speed » que je n’aime vraiment pas à la relecture. Peut-être que je le retoucherai un de ces jours. 

Pour mémoire, il s’agissait de partir d’un souvenir sensoriel d’un de nos professeur.

Dimanche en fin d’après midi, le soleil se faufile entre les ruelles pour se poser sur les pavés montmartrois. Près d’une épicerie, ça sent l’abricot, la figue, le basilic et la banane en fin de vie. Des couples mignons et d’autres — jaunes et ternes — défilent. Des groupes de filles plutôt jolies marchent de démarches qui font virevolter les étoles qu’elles portent, prolongeant chacun de leurs mouvements, accentuant la grâce de leur balade.
La voix grave et bienveillante de mon vieux prof de bio se rappelle à mon esprit : « La vie n’est-elle pas merveilleuse ? » Bien sûr qu’elle l’est mon vieil émerveillé, du moins lorsqu’on arrive à y poser les bons regards.

J’ai mis plusieurs années à le comprendre, et encore aujourd’hui, il faut souvent forcer, lutter contre mes organes, ajuster la visée, se concentrer sur la mise au point et surtout vouloir observer pour capter les trésors qui se jouent sous notre nez.

Pas plus tard que trois pas après cette nuée de volupté, un homme grand et mince ajustant ces lunettes de soleil à la sortie de l’épicerie se retourne pour s’assurer que son jeune fils le suit. Le bout de bonhomme qui ne doit pas avoir trois ans s’inquiète, lorsqu’il retrouve à côté de sa trottinette en plastique bleu celle, rouge d’un autre bambin : « Et si quelqu’un à la même, comment je reconnaitrais la mienne ? »

Après le léger rictus d’un père amusé et attendri, les yeux du grand homme se baissent avec sérieux pour coller à l’anxiété de son gosse : « Une fois à la maison, on collera un sticker (stickeur) dessus. »

Les jeunes sourcils se froncent et ses lèvres se pincent. Concernant la gravité dévolue à cette situation de crise émergée de sa pensée, il joua l’homme sérieux jusqu’à cabotiner un hochement de tête. Après encore deux secondes de réflexion, il releva la tête, coupant la course de son regard se ruant dans le lointain pour essayer de se perdre en vain, pour regarder le verre fumé posé sur le nez de son père. Convaincu, il conclut cet échange d’un : « On va sticker ! ».

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