L'Atelier Noracy

Tory Clare

Parti très loin pour arriver à cela…  À la base se trouvait cette photo :

shoooooes

Continue de crier, éraille cette voix cristalline qui me crève les tympans jusqu’à l’orgasme acoustique. Monte, et décroche ces aigus qui font vibrer mon cœur de cristal. Plus que quelques tons avant qu’il n’explose en morceau. Redescends dans le graves et fait durer l’instant, distord le temps de tes vocalises et fait moi planer à en oublier le Sud et le Nord, l’amer et le doux, la joie et la rage. Enveloppe-moi de cette mélancolie. Cette connasse qui se drape d’une fausse sagesse, qui nous fait tant rêver et nous donne l’impression de surplomber le monde, de le comprendre entièrement : nicher que nous sommes sur des dogmatismes imbuvables et intenables puisqu’on n’y voit que les orteils du monde.

Encore un peu… Relance encore on y est presque. Tes aigus vont finir par tout faire sauter en moi. Je pourrais enfin vivre le cynisme à la mode. Sortir six fois par semaine, boire pour oublier, et oublier de boire de l’eau, voir des expos sans les regarder, bouffer sans rien gouter, toucher sans ressentir, baiser sans y penser et mon contenter en toutes circonstances d’un « pas mal… ».

Au diable le palimpseste que j’écris et réécris depuis tant d’années. Il faudrait le bruler et recommencer sur du neuf, sur une page blanche. Ou plutôt sur une colorer, une bariolée, ça changerait un peu de cette morosité paralysante, de cette noblesse virginale que nous renvoie ces feuilles sans lignes qu’on voudrait bien remplir, mais qui se refusent inlassablement à la plume.

Recommencer ailleurs. Une première fois, une dernière fois, une vraie fois. Tout lâcher, comme cette voix qui a dû se murer dans un silence salvateur après l’enregistrement de « the great gig in the sky ».

Ces cris désespérés impriment pourtant une lutte qui ne pourra pas cesser. Personne ne peut t’arrêter Clare Torry, tu déchires l’air de tes notes et assassine les platitudes rencontrées.

Ça fait maintenant trois jours qu’à chaque répétition, tu campes un peu plus mon encéphale. Chaque occurrence enfonce un peu plus les sardines de ta tente entre les bourrelets de substance blanche, excite une révolte qu’il a fallu murer, et me gorge d’espoirs ; si ta tristesse a pu nous offrir tant de beauté, c’est qu’il m’est peut-être possible de sortir d’ici.

Pour l’heure, je modifie mon testament et te laisser l’honneur de figurer sur mon épitaphe : « Clare Torry m’a brisé le cœur ». Il faudra que je fasse plus, que j’y arrive vraiment, que je joue comme toi à pousser la perfection jusqu’aux limites de la grâce dérangeante qui engendre l’illumination. Mais, pour l’heure et bien que la route soit ouverte, mes souliers sont gelés et la foi me manque pour entamer ce périple en vas-nu-pieds.

Pour ceux qui ont lu jusqu’ici, voici une petite récompense : https://www.youtube.com/watch?v=T13se_2A7c8

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