L'Atelier Noracy

Aristote au caillou

Un thème un peu barré : « Dans quel étAristote est-il pour voir tomber de biais la pierre qu’il a lâchée »

Gra21

J’ai vu une pierre avancer tout droit. Pas à la verticale normal, mais à l’horizontale. Loin de sa nature, ce petit caillou a défié — un court laps de temps durant — ma théorie, s’obstinant à s’insérer dans le cercle de l’air.

Je peux te l’avouer Pythias, ça m’a carrément fait flippé. D’ailleurs, il faudra que tu laves ma toge…

Il semblait flotter tout seul, à une vitesse ahurissante et dans une course rectiligne. J’ai cru qu’il était gorgé d’éther pour léviter au-delà de sa sphère et qu’il dessinait un cercle à moins de deux mètres au-dessus de la terre.

Tu imagines ? Si nous pouvions, nous aussi, nous gorger d’éther, nous pourrions voler à en suivre le feu jusqu’aux limites que nous imposerait l’air. Peut-être même pourrions-nous les transcender, entrer dans la sphère supralunaire pour s’approcher des étoiles et cueillir ses pastèques illuminées.

La vue des étoiles me fait vibrer depuis l’enfance ; voilà 30 ans que je passe mes journées à attendre la nuit pour m’user les yeux à les regarder. Gorgé d’éther comme ce caillou, je pourrais les éprouver de tous mes sens et sous tous les plans. Oui, ce caillou m’a fait rêver aux hommes volants. Ceux qui repoussent les limites de la nature et ça en une fraction de seconde.

Je n’ai pu m’empêcher de l’épier, jusqu’à le voir grossir, grossir, grossir et écraser, sur ma gueule, tous les songes qu’il avait fait naitre, avant de retomber froidement là ou la nature conduit tous les rochers.

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