L'Atelier Noracy

Animalité des humains

J’ai vu les yeux du diable. Ils sont d’un bleu foncé, profond, métallique, glacial. Le diable m’a regardé dans les yeux du haut de ces 5 ans. Je n’ai pas pu stopper ce frisson lent qui a fait vibrer douloureusement chacune de mes vertèbres. Un séisme de corps irrépressible quand ce petit bonhomme m’a demandé d’ouvrir un paquet de bonbons. Il n’avait rien de machiavélique ni de méchant. Rien de la noirceur de l’imbécile qui rit d’être allé trop loin.

Il m’a souri comme on le fait devant un objet. J’aurai pu être une chaise avec des mains, il ne m’aurait pas plus considéré.

Trois pommes superposées que leur mère n’a jamais aimées, qui n’ont jamais connu leur père. Deux yeux d’un esprit vide de sentiment, incapable de sentir, de ressentir quoi que ce soit. Ni la joie ni la peine. Inconscient d’empathie, il m’aurait arraché les bras sans sourciller si l’envie l’avait pris, et s’il avait eu assez de force. Il déambulait entre les jambes des adultes des enfants, en cadet intrus de cette réunion de famille, lui, le gamin de la DASS. Instinctivement, tous ont eu la même fraction de seconde d’hésitation dans l’avancée de joues flasques qu’on tend en bienvenue. Comme si l’instinct leur balançait une image subliminale de dents de lait se plantant dans leur chair tendre jusqu’aux gencives pour en arracher un lambeau.

Il regarde tout le monde, comme une vieille regarde les fruits sur un marché. Comme s’il cherchait de qui apprendre à ressentir.

Je le guette et chaque fois que ce regard de froid se pose sur moi, je le vois plus vieux, et je sens les liens sur mes mains, piégé entre quatre murs sans fenêtre. Son silence laisse raisonner ma peur et chacun de ses gestes.

http://perroquet.canalblog.com/albums/cris/photos/2083040-hurlement.html
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Ce n’est qu’un mort mouvant qui veut trifouiller de l’organe, qui joue à rapprocher doucement une pince à escargot de mon œil droit. Ses yeux balaient mon corps, de ma pupille qui se dilate aux muscles de mes avant-bras attachés par des sangles de cuir. Il remonte mes veines grossies par l’adrénaline et de chacun de mes muscles qui luttent contre l’emprise. Puis les frissons, les tremblements, et mon hurlement animal, un cri qui outrepasse les cordes vocales pour laisser sortir à chaque expiration un peu de cette humanité chassé de mon corps par ces atrocités.

« Je peux reprendre un bout de viande ».

Je souris pour cacher ma terreur, et attrape son assiette.

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