L'Atelier Noracy

Avant de commencer, une petite vidéo pour introduire le « concept » de ce personnage créé par Alexandre Astier…

Maintenant, voici le texte sensé être sorti de la tête de cet oiseau là !

 

Personne comprend jamais ce que je dis. C’est pas que je sais pas penser droit, mais ma bouche ne veut pas. Elle bloc sur des mots rigolos quand y’a du monde autour. Je crois que ça s’appelle le press. Comme le truc pour liquider les oranges les matins d’hivers, au petit déjeuner. Moi, quand j’essaie de dire des choses, c’est pareil : je prends mon citron et j’appuie dessus dans tous les sens pour que ça donne quelque chose. Mais y’a rien à faire ; mes idées, c’est des pépins, ça s’y accroche, ça reste en dedans, ça sort jamais.

Non, ce qui sort, c’est ces connards d’animaux qui pu et qui bruite jours et nuit. Ils croquent ou picorent mon sommeil ses baltringues d’empoi/lumés. Le druide y dit qu’ c’est parce que j’dors pas que j’suis bizarre. Les druides, c’est aussi con que c’est barbu. Lui, y m’a lu à l’envers. C’est parce que j’suis bizarre que j’ronque pas la nuit.

Je voudrais bien qu’y soyent à ma place, on verrait si y deviendrait pas « chatrouilleux » si y devaient torcher le cul des poules qui picorent tes rêves la nuit, on verra si y balancent pas des coups de pied dans tout ce qui vit.

Pis les autres, c’est pareil : qu’y essaient de pas pioncer, pis de vivre dans cette tête qu’entent tout le monde penser, mais qui sait pas aligner deux brocs ? Y verraient si il serait pas nerveux, un couteau entre leurs griffes.

ya que Karadoc que j’aime bien. Il est plus con que tout le monde, mais on joue souvent, même si y gagne jamais. Pis avec lui, c’est rare qu’une bestiole finisse la journée sans passer par un fourneau.

Lui, y sort tous les mots qui veux. N’empêche, on le comprend pas. Ça empêche pas que c’est lui et moi qu’allons trouver le Graal…

 

J’espère que la lecture vous a plus, je vous laisse sur une dernière vidéo qui compile quelques répliques (le montage est mal fait, il manque généralement le contexte…)

à très bientôt !

Créativement,

 

 

L'Atelier Noracy

C’est sûr maintenant, elle va me casser la gueule, me briser les membres comme on casse un cresson. J’ai beau faire deux fois son poids, elle en a les moyens et elle n’hésitera pas.

Je n’ai pourtant rien fait de mal, en tout cas, pas que je sache. Pourtant j’agis comme un coupable : je n’ai pas bronché lorsque ça main a saisi mon t-shirt, ni quand elle m’a claqué contre le mur en brique. J’ai planté mes yeux craintifs dans les siens. Je les aurais bien détournés, mais ça m’était impossible.

Elle est la pire des femmes que je connaisse, celle que j’ai le plus cherchée aussi. Son poing serré s’appuie de plus en plus sur mon torse, enfonçant un peu plus chaque seconde ma cage thoracique qui se vide de l’espoir de pouvoir se remplir. Ses yeux verts sont torrides lorsqu’elle me fusil du regard, il y brille une flamme de haine savante prête à embraser le monde. Ses lèvres tremblent, secouées par l’envie de me tuer et la retenue que lui impose la raison.

Pourtant j’ai envie de l’embrasser, et je le ferais sans doute, si je n’étais pas convaincu qu’elle boufferait mes lèvres. Mes poumons sont vides depuis un moment maintenant, mais elle ne semble pas vouloir lâcher prise. Je sens le sang taper plus fort mon visage et le faire rougir.

Je ne sais pas si elle se consume de me faire payer 5000 ans de patriarcat, ou si elle me déteste de ne pas m’être levé, de me pas m’être battu pour m’opposer, comme d’innombrable de mes semblables, au basculement sociétal qu’ont créé les aléas des recherches en nouvelles technologies.

C’est inexpliqué pour beaucoup et un complot pour d’autre, mais les faits sont là : la technologie transhumaniste n’« améliore » que les femmes et mutile les hommes. Ce chromosome Y, telle une impureté empêchait les mâles, pourtant dominant des sciences à l’époque, de gouter aux fruits de leurs recherches, motivées par des années de rêve. david graff

Elle l’utilise maintenant, cet œil modifié qui la fait lire en moi, c’est à croire qu’elle peut savoir ce que je pense, comment je respire et combien de temps de se traitement elle peut me faire subir avant de buter.

Je ne me suis pas levé, je n’ai pas essayé d’empêcher cette révolution du genre qui ferait des femmes des déesses bien au-dessus des pauvres hommes. Je n’ai pas voulu me lever parce que pour moi, c’était déjà perdu. Depuis tout petit, j’ai laissé tout pouvoir aux femmes, et j’ai ployer le genou devant elle non comme un prince, mais bien un chevalier servant leur prêtant allégeance. J’ai toujours senti leur supériorité qui transpire de leur grâce, de leur tenue, de leur souplesse, de leur subtilité, et de cette lente et sourde violence jaillissant de leur intelligence.

J’ai évité leur regard pour éviter de les déranger, je ne les ai jamais abordées, ni reluqués par pur respect ; du moins, c’est ce que je pensais. Finalement, c’est peut-être par peur qu’elles m’estampillent du sceau des sots de mon genre, des bourrins lourdauds qui parlent et rient fort, qui appuie leurs regards, leurs avances, leurs mains dégueulasses…

 

Peut-être qu’au fond j’aimerai qu’elle m’achève, là, maintenant. Peut-être que je ne peux pas rêver mieux que de succomber à l’envie d’une déesse, un prêtre soumis à la toute-puissance d’une déité matérielle. Peut-être que ce sacrifice m’ouvrirait la voie des saints.

La finesse de ses phalanges s’extrait petit à petit de mes entrecôtes porcines. Son regard suprémaciste, son petit nez mutin et ses lèvres serrées et pleines m’inondent de dédain. Mes yeux font le tour de son visage, en imprime les plus infimes détails pour perdre l’arrière-plan dans le flou d’un afflux de sang qui reprend possession de mon être, ses tatouages dans le cou remontant sur les joues, ses oreilles en forme de papillons, ses sourcils tailladés comme des lames orientales et son œil droit bleui par les projections informatiques. C’est sans doute la dernière fois que je la croise…

Un premier sentiment de révolte contre une femme monte en moi, je sens mon bras démangé par l’envie de saisir le sien, de la retenir pour lui crier : « J’aurais préféré mourir de ta main plutôt que de vivre au mépris de ton âme. »

L'Atelier Noracy

J’ai vu les yeux du diable. Ils sont d’un bleu foncé, profond, métallique, glacial. Le diable m’a regardé dans les yeux du haut de ces 5 ans. Je n’ai pas pu stopper ce frisson lent qui a fait vibrer douloureusement chacune de mes vertèbres. Un séisme de corps irrépressible quand ce petit bonhomme m’a demandé d’ouvrir un paquet de bonbons. Il n’avait rien de machiavélique ni de méchant. Rien de la noirceur de l’imbécile qui rit d’être allé trop loin.

Il m’a souri comme on le fait devant un objet. J’aurai pu être une chaise avec des mains, il ne m’aurait pas plus considéré.

Trois pommes superposées que leur mère n’a jamais aimées, qui n’ont jamais connu leur père. Deux yeux d’un esprit vide de sentiment, incapable de sentir, de ressentir quoi que ce soit. Ni la joie ni la peine. Inconscient d’empathie, il m’aurait arraché les bras sans sourciller si l’envie l’avait pris, et s’il avait eu assez de force. Il déambulait entre les jambes des adultes des enfants, en cadet intrus de cette réunion de famille, lui, le gamin de la DASS. Instinctivement, tous ont eu la même fraction de seconde d’hésitation dans l’avancée de joues flasques qu’on tend en bienvenue. Comme si l’instinct leur balançait une image subliminale de dents de lait se plantant dans leur chair tendre jusqu’aux gencives pour en arracher un lambeau.

Il regarde tout le monde, comme une vieille regarde les fruits sur un marché. Comme s’il cherchait de qui apprendre à ressentir.

Je le guette et chaque fois que ce regard de froid se pose sur moi, je le vois plus vieux, et je sens les liens sur mes mains, piégé entre quatre murs sans fenêtre. Son silence laisse raisonner ma peur et chacun de ses gestes.

http://perroquet.canalblog.com/albums/cris/photos/2083040-hurlement.html
http://perroquet.canalblog.com/albums/cris/photos/2083040-hurlement.html

Ce n’est qu’un mort mouvant qui veut trifouiller de l’organe, qui joue à rapprocher doucement une pince à escargot de mon œil droit. Ses yeux balaient mon corps, de ma pupille qui se dilate aux muscles de mes avant-bras attachés par des sangles de cuir. Il remonte mes veines grossies par l’adrénaline et de chacun de mes muscles qui luttent contre l’emprise. Puis les frissons, les tremblements, et mon hurlement animal, un cri qui outrepasse les cordes vocales pour laisser sortir à chaque expiration un peu de cette humanité chassé de mon corps par ces atrocités.

« Je peux reprendre un bout de viande ».

Je souris pour cacher ma terreur, et attrape son assiette.

Grand projet, L'Atelier Noracy, Processus créatif

Flowstate est une application qui vous propose un traitement de texte ultra simplifié, mais avec deux petits plus : premièrement, vous allez devoir choisir un temps d’écriture (entre 5 et 180 minutes) deuxièmement… vous allez devoir vous y tenir ! L’application est intraitable : si vous vous arrêtez de taper sur votre clavier pendant 5 secondes, vous perdez tout ce que vous avez écrit jusqu’ici !

flowstate

Vous pouvez écrire, revenir en arrière, corriger des fautes de frappe ou d’orthographe sans craindre de perdre votre travail, seule l’inaction mène à la suppression de vos écrits.

Il arrive parfois que l’on s’arrête d’écrire, par habitude, parce qu’un mot ne nous vient pas. Au bout de deux secondes, le texte commence à s’éclaircir et à disparaitre sous nos yeux. Si vous voyez la page blanchir, c’est qu’il est temps de précipiter vos phalanges sur le clavier. Une fois le temps écoulé, il n’y a aucun bip, aucun signal qui vous permet de savoir que le temps est écoulé si ce n’est le décompte du temps en haut à droite qui se change en bouton.
Une fois le temps écoulé, et seulement à l’issue de celui-ci, l’application sauvegarde votre écrit et vous permet de le relire et de le retravailler en toute sérénité.

Quel est l’intérêt ? J’ai vendu la mèche dans le titre de l’article : flowstate est un trésor pour les personnes voulant s’adonner à l’écriture automatique, mais qui ont -comme moi- la fâcheuse tendance à bloquer sur un mot, ce qui peut les conduire à prendre n’importe quel prétexte pour se lever, et aller prendre un verre d’eau pour y réfléchir… et se retrouver 2 heures plus tard, englué dans une succession de vidéos plus ou moins inutiles que YouTube nous suggère inlassablement (comme si j’avais besoin de sa pour procrastiner…).

Et l’intérêt de l’écriture automatique ? Et bien lorsque vous êtes englué dans des idées qui tournent en rond, lorsque vous perdez de vu le but d’un personnage, lorsque vous avez un trou dans votre histoire, ou tout simplement, lorsque la suite ne vient pas, vous pouvez tenter l’exercice : mettez-vous devant votre clavier, ou une feuille blanche. Donnez-vous un point de départ et laissez votre esprit faire le reste. Écrivez les mots comme ils viennent, et lorsqu’ils ne viennent pas, mettez-en plusieurs pour exprimer l’idée voulue (il sera toujours temps d’y revenir à la relecture). Parfois ça ne donne rien, mais parfois, une idée ou une piste à creuser va émerger, quelque chose que vous n’avez pas vu pouvant donner de la profondeur à votre histoire ou à l’un de vos personnages.

Certains ateliers d’écriture fonctionnent ainsi et préconise une « symbiose » du stylo et de la feuille durant toute la durée de la phase d’écriture quitte à écrire « je ne sais pas quoi écrire, je ne sais pas quoi écrire, je ne sais toujours pas quoi écrire m**de ça ne vient pas et ça me stresse comme quand… » et la une idée vous vient. Il se peut qu’elle ne colle pas du tout avec le sujet, mais au moins vous avez écrit quelques lignes et finalement, c’est peut-être ça qui compte vraiment.

J’ai donc testé Flowstate trois fois aujourd’hui : une fois 10 minutes et deux fois 30 minutes et j’ai beaucoup aimé. Je ne pense pas pouvoir garder le quart de ce que j’ai écrit, mais ça m’a permis de remplir 2 blancs dans l’écriture de mon roman (j’y ai consacré la dernière session de 30 minutes). Pour le reste, je vous prépare une publication pour demain. Elle comportera la version brute, et celle retravaillée.

Vous trouverez l’avis de Mymy(MadMoiZelle) ici http://www.madmoizelle.com/flowstate-traitement-de-texte-551721?utm_content=bufferb58ff&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

Un article écrit du Flowstate : vous pourrez apprécier le principe.

 

Vous trouverez l’appli (10 € tout de même) ici : http://hailoverman.com

 

Et un remerciement spécial à Cyrilou Pateyron pour m’avoir envoyé ce lien.

Excellente soirée à tous et à demain !

L'Atelier Noracy, Processus créatif, Quelques infos

Voici le texte de la semaine. C’est encore une version brute, mais pour une raison que j’ignore, je m’y suis un peu attaché. Du coup, il sera sans doute le premier texte à apparaitre plusieurs fois sur le site pour que je puisse montrer son évolution au fur et à mesure des séances de travail qui nous attendent. 

Une petite annonce au passage, l’atelier Noracy va passer à un thème toutes les deux semaines pour pouvoir laisser la possibilité de retravailler certains textes.

Excellente lecture.

Créativement,

« Les dieux sont fous », « ils sont tombés sur la tête » « Tu penses que Dieu existe ? »…

Ces expressions bassement humaines passent et repassent dans la tête de J depuis quelques décennies de Terre. Plus de 2000 tours du soleil qu’il veille seul sur ces petits cons prétentieux qui, mine de rien, s’affrontent, se punissent, se brulent et s’entretuent chaque jour qu’il fait, poussés par le doute.

Ils doutent de la présence de J, qu’ils nomment d’innombrables façons, à tel point que J fait tomber chaque jour 10 gouttes de pluie par sobriquet ridicule dont il est affublé.


« Ils ne savent pas si j’existe, rêvent que je leur parle alors qu’ils ne savent pas vraiment à quoi je ressemble, ni même comment je m’appelle… Non ils doutent, c’est certain !

–  …

Ne venez pas me dire le contraire ! On ne bute pas son frère par amour de Dieu, on ne s’arrête pas de vivre 1, 5, 7, 10 fois par jour pour honorer quelqu’un quand on sait qu’il veille sur nous ! Je fais tout pour que ça roule, ils n’ont qu’à ce laisser porter, mais non ! Faut que ça résiste, que ça se plaigne, que ça se massacre…Tu leur fournis du courant d’eau douce toute tiède à souhait iis ont qu’à se laisser porter, et eux ils s’accrochent aux branches, ils nagent en sens inverse et foutent tout en l’air.

– Non mais J attends…

– Non  les gars ! La dernière fois déjà, soit disant c’était ma faute, celle d’avant c’était eux qui étaient dans l’âge bête, et là vous allez me sortir que c’est moi qui me fait des idées ?

– …

– Ils sont cons, c’est tout. Faut se faire une raison, ON NE FERA JAMAIS RIEN DE CES CONS D’HUMAINS ! »

Il en a gros sur la patate J et ça se comprend. Deux mille ans que la moutarde monde progressivement, et aujourd’hui, c’est le grand débordement. Il n’a pas pu s’empêcher de rentrer dans le lard de ces dieux de pacotille.


Ça a toujours été le plus gentil pourtant ; déjà lors de la première répartition des rôles, il n’avait pas osé s’octroyer une mission ou un pouvoir qu’il aurait aimé. Il est comme ça, il ne veut pas priver les autres. C’est à peine s’il avait su demander, quelques instants avant la clôture des débats ce qu’il lui restait.

S, nouvellement dieu de la guerre, de la cruauté, des puces, de la gueule de bois et du lâché aérien de guano avait saisi la perche « Toi, tu seras le dieu des cons ». Et tout le monde avait ri.

5000 ans après cet épisode, la blessure de J ne s’est pas refermée, et l’amer constat de l’exacte prédiction de S rend la plaie purulente.

Ils avaient tous collaboré pendant 3000 ans. Puis soudain, plus personne ne voulut bosser. Tous se tournèrent vers les joies de l’oisiveté, jouant à l’ardoise ou aux tuiles sur le toit du monde, en se remplissant la panse de breuvages enivrants. Tous, sauf J, qui continuait inlassablement à s’occuper de la fonte des neiges, des nuages sans pluie, des ongles incarnés et de l’alopécie.

Lors de la réunion décennale suivante, il fut décidé qu’un seul dieu s’occuperait du monde terrestre ; le perdant d’une partie de tuiles serait responsable pour les 400 ans à venir, les autres vaqueraient en irresponsabilité.

À l’aube de la sixième partie qui le conduira, c’est certain, vers une sixième défaite, J a décidé de prendre les choses en main. Il ne s’occupera plus de rien. Il refusera de jouer. Il est venu leur dire et les autres ont du mal à ne pas le prendre au sérieux.

Ses yeux ont changé, ils sont alourdis de la lassitude de l’acharné qui s’est battu contre le vent des générations durant et n’agit plus que par automatisme. Ces yeux désabusés, qui arrondissent ce de ses confrères malintentionnés, laissent entrevoir l’avènement d’un changement dans les dynamiques de pouvoirs divins. Ils le savent, ils sont allés trop loin et ont perdu le Bon. Il ne voudra plus se plier aux corvées, pendant qu’eux profiteront des bienfaits célestes. Il ne perpétuera plus cette « panthéonnade »

L'Atelier Noracy

Une image plutôt joyeuse et chaude à l’origine de ce texte :

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Jeanne arborait un sourire crispé depuis bientôt deux heures. Ce n’était pas tant le froid qui tendait ses lèvres et les menait au bord de la rupture cutanée, que l’angoisse et la gêne. Si six pieds foulaient le pavé, si les murs de la ville portaient l’écho de trois rires, ils étaient bien deux à parler pour les faire éclore.

Jeanne a toujours détesté la gêne, quitte à lui préférer l’ennui des nuits solitaires. Ces nuits froides, suffocantes de tristesse, qui voient une jeune femme meurtrie se punir par l’inaction et repousser les confins de l’ennui jusqu’au lieu secret — propre à chacun — où vous êtes assez un pour laisser sortir votre double odieux qui étouffe de ses jugements hurlés les sanglots de votre âme.

Plus ses mots sont durs, et plus ils restent et persistent à vous suivre au-delà des abysses de l’isolement. À force de répétition, les uns après les autres, ils s’agrègent, se multiplient et s’unissent pour cristalliser une prison de verre. Insidieuse : elle vous coupe du monde et décuple la gêne, elle fait naître l’effroi d’une détention en isolement mobile.

D’ordinaire, le cœur de Jeanne accélère très tôt quand elle est entourée par d’autres. Il bat, puis Bat, puis BAt puis BAT jusqu’au point de rupture qui la fait s’éclipser et replonger bien vite dans sa chambre pour y retrouver le démon qui seul sait recouvrir ses plaintes.

Mais pas ce soir. Ce soir, elle accompagne, elle ne participe pas encore vraiment, mais elle suit et c’est déjà énorme. Et son cœur a beau BATTRE et essayer de bondir hors de son corps par son thorax ou par ses lèvres, elle n’abdique pas et colle au plus près de chaque mot, de chaque geste, de chaque regard d’Hannah.

Elles marcheront encore et épuiseront Sliman, elles retrouveront la rue du Poteau et le perron d’Hannah. Et si son cœur tient jusque là, s’il n’a pas encore explosé, si les effets de l’alcool ne se sont pas totalement dissipés, peut-être que Jeanne se laissera aller et tentera de fissurer sa cage pour l’embrasser.

L'Atelier Noracy

lunesurocean

 

« La bonne résolution perpétuelle : arrêté de fumer, se remettre au sport, changer de métier… On a tous une bonne résolution que l’on prend chaque année, mais à laquelle on ne s’attelle jamais. Que ce soit parce que c’est trop dur, parce que la vie ou parce qu’elle nous tient chaud l’hiver et nous encombre l’été, que ce soit la votre, celle d’un de vos proches ou celle qui sort de votre imagination, amusez-vous à nous conter cette bonne résolution de l’année dernière qui reviendra au sommet de la liste vendredi. »

L’air est clément en ce milieu de nuit ; il refuse de châtier ce misanthrope des sables. Un bernard-l’ermite recroquevillé entre trois dunes un soir d’hiver. Un trois quarts de Lune passe et repasse au gré du défilé des nuages ballotés par le vent marin ; cinglant, salé, cinglé. Une basse lointaine balance du grave à quelques dizaines de mètres. Des filles hurlent, de jolis cris qui trahissent une pointe de vanille sur un flot de rhum. Mes mains s’amusent des grains blancs qui filent entre mes grasses paluches.

Parfois, il est bon de prendre du recul, de prendre le temps de ne rien faire, de retrouver l’ennui primordial des enfances sclérosées de parentalité. C’est en ne faisant rien sur son lit que l’on apprend à rêver.

Ce soir, j’ai bu. Pas encore trop, mais ça viendra. Ça vient toujours. Avant de retrouver l’oublie, de me reperdre en amnésie, mentons encore une fois à Lune. Elle qui pardonne tout, qui efface l’ardoise de mes conneries une fois tous les 28 jours et le tout de bonne grâce. Elle qui a toujours le bon gout de revenir.

Ma chère amie, une fois de plus laisse-moi te confier mes plus beaux rêves, tous mes désirs et briller d’enfantillages avant de te décevoir, avant de revenir dans le chemin des oublieux qui restent heureux tant qu’ils se nient.

L'Atelier Noracy

Un thème un peu barré : « Dans quel étAristote est-il pour voir tomber de biais la pierre qu’il a lâchée »

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J’ai vu une pierre avancer tout droit. Pas à la verticale normal, mais à l’horizontale. Loin de sa nature, ce petit caillou a défié — un court laps de temps durant — ma théorie, s’obstinant à s’insérer dans le cercle de l’air.

Je peux te l’avouer Pythias, ça m’a carrément fait flippé. D’ailleurs, il faudra que tu laves ma toge…

Il semblait flotter tout seul, à une vitesse ahurissante et dans une course rectiligne. J’ai cru qu’il était gorgé d’éther pour léviter au-delà de sa sphère et qu’il dessinait un cercle à moins de deux mètres au-dessus de la terre.

Tu imagines ? Si nous pouvions, nous aussi, nous gorger d’éther, nous pourrions voler à en suivre le feu jusqu’aux limites que nous imposerait l’air. Peut-être même pourrions-nous les transcender, entrer dans la sphère supralunaire pour s’approcher des étoiles et cueillir ses pastèques illuminées.

La vue des étoiles me fait vibrer depuis l’enfance ; voilà 30 ans que je passe mes journées à attendre la nuit pour m’user les yeux à les regarder. Gorgé d’éther comme ce caillou, je pourrais les éprouver de tous mes sens et sous tous les plans. Oui, ce caillou m’a fait rêver aux hommes volants. Ceux qui repoussent les limites de la nature et ça en une fraction de seconde.

Je n’ai pu m’empêcher de l’épier, jusqu’à le voir grossir, grossir, grossir et écraser, sur ma gueule, tous les songes qu’il avait fait naitre, avant de retomber froidement là ou la nature conduit tous les rochers.

L'Atelier Noracy

Encore un départ visuel…

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Nous habitions une petite maison proche du sommet d’une rue pavée étroite et chaotique qui rebute les chauffeurs les plus aguerris. C’était une maisonnette à jardinet et aux nombreuses fenêtres. Un voilage grossier et jauni de nicotine venant préserver l’intimité de ma discrète famille. Ce « quartier » reculé du tumulte de notre grande ville était connu pour la discrétion de ses habitants. Seule la famille Richer, nos voisins mitoyens du bas laissaient quotidiennement exploser le plafond de décibels perçant le silence, couvrant les murmures par éclats de vaisselles et de voix. Ma mère disait souvent qu’à Galaca, les orages tonnaient et les Richer détonnaient.

Je les aimais bien moi les Richer. C’est vrai qu’ils criaient fort, cassaient tout et que la police avait été amenée, par deux fois, à venir calmer les choses. Malgré tout, ils s’aimaient. Je me souviens de la première fois ou la sirène avait recouvert le vacarme ambiant. Je devais avoir huit ans et n’avait pu réprimer ma curiosité. Armé de mon Smith et Wesson en plastique, je m’étais glissé dans le bureau de mon père que seule la poussière habitait. Sur la pointe des pieds pour éviter que le parquet ne me trahisse, j’avais patiemment traversé les trois mètres qui séparaient la porte de la fenêtre voilée. Par esprit d’aventure, j’avais rampé sous le bureau avant de me hisser sur la chaise qui me permettrait d’avoir une vue plongeante sur les héros de mon enfance en action.

Debout sur l’assise, la bouche ouverte pour tenter de garder le contrôle de mes respirations essoufflées, j’ai vu monsieur Richer sortir les mains dans le dos, suivi puis encadré par deux agents en uniforme. Machinalement, je glissais mon pistolet sous l’élastique de mon pyjama. Lorsque mes yeux replongèrent dans la rue, les trois hommes étaient arrivés devant la voiture dont le gyrophare continuait à tourner.

Mon souffle s’est coupé, mes paupières défièrent la gravité pour permettre à mes billes d’enfant d’être sûr de ce qu’elles voyaient : des mains de mon voisin, reliées par les poignées, dégoulinaient de sang. Beaucoup de sang. Plus qu’un enfant de sept ans en avait pu voir jusque là. J’étais pétrifié, par le flot d’images fantasmées qui déferlait dans mon cerveau. Tant de rouge sur ce jean. Sa chemise, ses chaussures : il était impossible qu’il ait appartenu à une unique personne. C’était certain, il avait battu ça femme, cette dame potelée et inélégante qui se plaignait sans arrêt à en faire fuir les gens dès qu’ils entendaient poindre les premières notes suraiguës de sa voix stridente.

Et Miguelito-ciclomotor, leur fils, mon ainé de deux ans et cadet de dix centimètres ? Ce gamin qui devait m’apprendre à courir aussi vite et aussi loin que lui, avait-il réussi à se recroqueviller, à se contorsionner suffisamment pour échapper aux gargantuesques mains de son charpentier de père ? sans doute avait-il essayé, il s’était mis à courir quand la fureur paternelle avait fait volet en éclat le bois ou la faïence de son abri. Avait-il réussi à fuir ou avait-il été saisi ? Battu à sang ? À mort ?
Le claquement simultané de la portière policière et de la porte d’entrée de notre maison m’arrachait aux questions. Traversé par la peur d’être découvert, j’avais couru sans retenue, oubliant la discrétion pour me précipiter dans mon lit, enrouler mon corps dans le drap et simuler grossièrement un sommeil profond sous les yeux incrédules de mon père.

L'Atelier Noracy

Parti très loin pour arriver à cela…  À la base se trouvait cette photo :

shoooooes

Continue de crier, éraille cette voix cristalline qui me crève les tympans jusqu’à l’orgasme acoustique. Monte, et décroche ces aigus qui font vibrer mon cœur de cristal. Plus que quelques tons avant qu’il n’explose en morceau. Redescends dans le graves et fait durer l’instant, distord le temps de tes vocalises et fait moi planer à en oublier le Sud et le Nord, l’amer et le doux, la joie et la rage. Enveloppe-moi de cette mélancolie. Cette connasse qui se drape d’une fausse sagesse, qui nous fait tant rêver et nous donne l’impression de surplomber le monde, de le comprendre entièrement : nicher que nous sommes sur des dogmatismes imbuvables et intenables puisqu’on n’y voit que les orteils du monde.

Encore un peu… Relance encore on y est presque. Tes aigus vont finir par tout faire sauter en moi. Je pourrais enfin vivre le cynisme à la mode. Sortir six fois par semaine, boire pour oublier, et oublier de boire de l’eau, voir des expos sans les regarder, bouffer sans rien gouter, toucher sans ressentir, baiser sans y penser et mon contenter en toutes circonstances d’un « pas mal… ».

Au diable le palimpseste que j’écris et réécris depuis tant d’années. Il faudrait le bruler et recommencer sur du neuf, sur une page blanche. Ou plutôt sur une colorer, une bariolée, ça changerait un peu de cette morosité paralysante, de cette noblesse virginale que nous renvoie ces feuilles sans lignes qu’on voudrait bien remplir, mais qui se refusent inlassablement à la plume.

Recommencer ailleurs. Une première fois, une dernière fois, une vraie fois. Tout lâcher, comme cette voix qui a dû se murer dans un silence salvateur après l’enregistrement de « the great gig in the sky ».

Ces cris désespérés impriment pourtant une lutte qui ne pourra pas cesser. Personne ne peut t’arrêter Clare Torry, tu déchires l’air de tes notes et assassine les platitudes rencontrées.

Ça fait maintenant trois jours qu’à chaque répétition, tu campes un peu plus mon encéphale. Chaque occurrence enfonce un peu plus les sardines de ta tente entre les bourrelets de substance blanche, excite une révolte qu’il a fallu murer, et me gorge d’espoirs ; si ta tristesse a pu nous offrir tant de beauté, c’est qu’il m’est peut-être possible de sortir d’ici.

Pour l’heure, je modifie mon testament et te laisser l’honneur de figurer sur mon épitaphe : « Clare Torry m’a brisé le cœur ». Il faudra que je fasse plus, que j’y arrive vraiment, que je joue comme toi à pousser la perfection jusqu’aux limites de la grâce dérangeante qui engendre l’illumination. Mais, pour l’heure et bien que la route soit ouverte, mes souliers sont gelés et la foi me manque pour entamer ce périple en vas-nu-pieds.

Pour ceux qui ont lu jusqu’ici, voici une petite récompense : https://www.youtube.com/watch?v=T13se_2A7c8