L'Atelier Noracy

Avant de commencer, une petite vidéo pour introduire le « concept » de ce personnage créé par Alexandre Astier…

Maintenant, voici le texte sensé être sorti de la tête de cet oiseau là !

 

Personne comprend jamais ce que je dis. C’est pas que je sais pas penser droit, mais ma bouche ne veut pas. Elle bloc sur des mots rigolos quand y’a du monde autour. Je crois que ça s’appelle le press. Comme le truc pour liquider les oranges les matins d’hivers, au petit déjeuner. Moi, quand j’essaie de dire des choses, c’est pareil : je prends mon citron et j’appuie dessus dans tous les sens pour que ça donne quelque chose. Mais y’a rien à faire ; mes idées, c’est des pépins, ça s’y accroche, ça reste en dedans, ça sort jamais.

Non, ce qui sort, c’est ces connards d’animaux qui pu et qui bruite jours et nuit. Ils croquent ou picorent mon sommeil ses baltringues d’empoi/lumés. Le druide y dit qu’ c’est parce que j’dors pas que j’suis bizarre. Les druides, c’est aussi con que c’est barbu. Lui, y m’a lu à l’envers. C’est parce que j’suis bizarre que j’ronque pas la nuit.

Je voudrais bien qu’y soyent à ma place, on verrait si y deviendrait pas « chatrouilleux » si y devaient torcher le cul des poules qui picorent tes rêves la nuit, on verra si y balancent pas des coups de pied dans tout ce qui vit.

Pis les autres, c’est pareil : qu’y essaient de pas pioncer, pis de vivre dans cette tête qu’entent tout le monde penser, mais qui sait pas aligner deux brocs ? Y verraient si il serait pas nerveux, un couteau entre leurs griffes.

ya que Karadoc que j’aime bien. Il est plus con que tout le monde, mais on joue souvent, même si y gagne jamais. Pis avec lui, c’est rare qu’une bestiole finisse la journée sans passer par un fourneau.

Lui, y sort tous les mots qui veux. N’empêche, on le comprend pas. Ça empêche pas que c’est lui et moi qu’allons trouver le Graal…

 

J’espère que la lecture vous a plus, je vous laisse sur une dernière vidéo qui compile quelques répliques (le montage est mal fait, il manque généralement le contexte…)

à très bientôt !

Créativement,

 

 

L'Atelier Noracy

Parti très loin pour arriver à cela…  À la base se trouvait cette photo :

shoooooes

Continue de crier, éraille cette voix cristalline qui me crève les tympans jusqu’à l’orgasme acoustique. Monte, et décroche ces aigus qui font vibrer mon cœur de cristal. Plus que quelques tons avant qu’il n’explose en morceau. Redescends dans le graves et fait durer l’instant, distord le temps de tes vocalises et fait moi planer à en oublier le Sud et le Nord, l’amer et le doux, la joie et la rage. Enveloppe-moi de cette mélancolie. Cette connasse qui se drape d’une fausse sagesse, qui nous fait tant rêver et nous donne l’impression de surplomber le monde, de le comprendre entièrement : nicher que nous sommes sur des dogmatismes imbuvables et intenables puisqu’on n’y voit que les orteils du monde.

Encore un peu… Relance encore on y est presque. Tes aigus vont finir par tout faire sauter en moi. Je pourrais enfin vivre le cynisme à la mode. Sortir six fois par semaine, boire pour oublier, et oublier de boire de l’eau, voir des expos sans les regarder, bouffer sans rien gouter, toucher sans ressentir, baiser sans y penser et mon contenter en toutes circonstances d’un « pas mal… ».

Au diable le palimpseste que j’écris et réécris depuis tant d’années. Il faudrait le bruler et recommencer sur du neuf, sur une page blanche. Ou plutôt sur une colorer, une bariolée, ça changerait un peu de cette morosité paralysante, de cette noblesse virginale que nous renvoie ces feuilles sans lignes qu’on voudrait bien remplir, mais qui se refusent inlassablement à la plume.

Recommencer ailleurs. Une première fois, une dernière fois, une vraie fois. Tout lâcher, comme cette voix qui a dû se murer dans un silence salvateur après l’enregistrement de « the great gig in the sky ».

Ces cris désespérés impriment pourtant une lutte qui ne pourra pas cesser. Personne ne peut t’arrêter Clare Torry, tu déchires l’air de tes notes et assassine les platitudes rencontrées.

Ça fait maintenant trois jours qu’à chaque répétition, tu campes un peu plus mon encéphale. Chaque occurrence enfonce un peu plus les sardines de ta tente entre les bourrelets de substance blanche, excite une révolte qu’il a fallu murer, et me gorge d’espoirs ; si ta tristesse a pu nous offrir tant de beauté, c’est qu’il m’est peut-être possible de sortir d’ici.

Pour l’heure, je modifie mon testament et te laisser l’honneur de figurer sur mon épitaphe : « Clare Torry m’a brisé le cœur ». Il faudra que je fasse plus, que j’y arrive vraiment, que je joue comme toi à pousser la perfection jusqu’aux limites de la grâce dérangeante qui engendre l’illumination. Mais, pour l’heure et bien que la route soit ouverte, mes souliers sont gelés et la foi me manque pour entamer ce périple en vas-nu-pieds.

Pour ceux qui ont lu jusqu’ici, voici une petite récompense : https://www.youtube.com/watch?v=T13se_2A7c8

L'Atelier Noracy

Point de départ :  « Il n’y a pas beaucoup de monde dans le train de ce jeudi après midi » (Yoko Ogawa), La merFullSizeRender

J’étais parti ce matin de Sens. Sans rire, sans larme ni espoir de retour. Dans la fraicheur d’avant l’aurore, j’étais venu peser sur ses bras une dernière fois…

Ça n’aura pas duré longtemps. À peine quelques semaines. Au début, nous étions gênés, mais c’est normal ! Tous les débuts de sont, au moins un peu… Je me souviens de sa main moite, du calme de son cœur, de la profondeur de ses soupirs. Elle était déjà foutrement jolie. La rencontre d’un triptyque parfait : les yeux bleus vert et le teint slave, les formes et les cheveux méditerranéens et la finesse des traits hindis. Son air gêné lors de notre première rencontre avait caché celui hautain qui gâtait cette divine créature bien trop assurée. Elle savait que personne ne pouvait résister. C’était une briseuse de cœurs, une bouffeuse d’âme, une sorcière

Je comprenais mieux le trac de notre entremetteur ; ses mains moites, elles aussi, son pouls de puncheur qui me bottait les fesses si tentées que j’en ai et sa respiration saccadée : un coup long, deux courts et une suite chaotique parsemée d’apnées.

Il tremblait déjà le soir où par sa plume et suivant l’encre, il m’avait donné l’âme qui m’anime aujourd’hui. Je suis né d’un homme perdu en mer, combattant les vagues de stresse du timide parti se faire peur et affronter son mal houleux, qui s’amuse en démiurge, à lui mettre la tête sous l’eau, à contrôler le rythme de ses poumons.

Quelques mots sur ma page blanche avaient suffi à me faire penser. Quelques mots malhabiles et retenus. Les timides ne sortent pas leurs tripes, même lorsqu’ils sont transis d’amour et qu’ils prennent leur temps pour assembler de leurs mains un livre de poèmes qu’ils n’ont pas su écrire.

Après quelques mois écrasé entre une méthode d’espagnol encore sous film plastique et le presque bois d’une bibliothèque Ikea, elle avait décidé de mettre fin à notre relation. Jeter ce bout d’âme, cette infusion de sentiment amoureux qui lui rappelaient trop, sans doute, qu’elle ne ressentait rien. Je ne lui en ai pas voulu de me balancer dans un carton à la lueur douce d’une ampoule écolo que l’on vient d’allumer. Cette beauté qu’elle portait ne permet pas d’aimer.

Elle m’offrait une dernière balade entre ses bras avec une vue imprenable sur le ciel de Paris. Un bâtiment obscur avec du monde des bips et d’autre bruit signait la fin de cette vie. Une dame m’a occulté comme si j’avais ebola. Elle m’a rendu à ma maudite déesse avant d’accepter tous les autres. « Désolé, on ne reprend pas les livres dédicacés. » : il n’acceptent pas les livres en vies ici, seulement les morts ou les aseptisés.

Sur le chemin du retour, je serrais les pages à chaque poubelle croisée ; notre histoire n’avait pas était belle, et je redoutais cette fin.

Un tiroir de bureau pour quelques heures, une dernière promenade ensuite, et nous voilà retournés à la gare en début d’après-midi. Arrivée dans le wagon, elle m’installe à côté d’elle, mais de l’autre côté du boyau qui se faufile entre les rangées de sièges de voyageurs.

Il n’y a pas beaucoup de monde dans le train de ce jeudi après midi. Le contrôleur annonce l’arrêt Sens, elle se lève, enfile sa veste et me remet debout, comme sur un présentoir roulant à vive allure vers Auxerre.

Il n’y a vraiment pas grand monde dans ce train… J’espère que quelqu’un me ramasser.

Textes courts

Un texte qui date de cette hivers, mais approprié à ce début de projet…

À la lueur d’une flammelette que chaque souffle d’air fait vaciller. Elle semble tellement fragile, éphémère, en sursis, que j’ose à peine respirer. Même mon écriture ralenti pour ne pas perturber la petite flamme qui s’accroche et s’anime au rythme de nos vies.

C’est comme avoir un chaton et ne plus oser marcher de peur que ce fripon se glisse sous vos pieds à chacun de vos pas. Il faut s’apprivoiser, s’en approcher doucement, apprendre à la connaître, tester ses limites et les nôtres aussi pour éviter de ce brûler.

Au bout d’un temps elle devient nôtre. Parce qu’on s’est habitué et que l’on joue sans crainte, à la faire virevolter comme une soliste Russe du Lac des signes, ses mouvements suivent les nôtres au point de se confondre, avant qu’elle ne vieillisse et termine la cire qui, lui sert de sève. Elle agonise et tressaute à nous faire pleurer.